"...] elle offre aussi la possibilité de dormir au coeur d'une oeuvre de
James Turrell : une maison d'hôte transformée par l'artiste américain en boîte à lumière, avec un toit ouvrant permettant de contempler les cieux changeants. On peut aussi se lover au sein d'une maison
redessinée par Marina
Abramovic, avec tous ces cristaux, dont la grande dame
new age de la performance a fait ses alliés.
A mille lieues du cube blanc de l'art contemporain, un tel contexte ne manque pas d'inspirer les artistes. Christian
Boltanski a offert à une école désaffectée une de ses plus grandes installations au monde : ampoules flottant au vent de ventilateurs posés sur un parterre de paille, catafalques de drap blanc sertis de néons, lumière palpitant au rythme cardiaque... On croirait visiter la tombe de nos illusions contemporaines, et le coeur bat drôlement dans ses méandres : on peut le vérifier à la sortie, quand l'artiste propose aux visiteurs d'enregistrer ses battements pour sa banque de données mondiale.
Mais c'est le secret des maisons vides, avec leurs nobles structures de bois et leur âme aux parfums envoûtants, qui offre le plus bel abri aux artistes. En quatre éditions, la Triennale a sauvé et restauré une cinquantaine de ces bijoux d'architecture vernaculaire. "Ici, les artistes travaillent avec le temps, la mémoire, et ils en sont heureux, car cela leur permet de renouveler leur inspiration", résume M.
Kitagawa. La preuve avec Claude
Lévêque (représentant la France à la Biennale de
Venise, qui s'est servi des instruments de paysan pour façonner un univers très "
lévêquien", qui tourne en boucle et palpite à la faveur de lumières rouges, de sons bizarres et de vapeur semblable à celle qui monte, ici, de la montagne, au petit matin. La preuve aussi avec
Anthony Gormley : ce Britannique, qui a renouvelé la sculpture en son pays, a réalisé ici un chef-d'oeuvre. Sous une charpente sombre, il a tiré des ressorts par centaines. Ensemble, ils forment une toile d'araignée envahissante, dans laquelle le corps peut tout juste se faufiler.]...[Même réussite chez la Canadienne
Janet Cardiff. Sur une maison pauvrette, le soleil brille. Mais dès qu'on entre dans une des salles, un orage se met à gronder. Lointain tout d'abord, avec sa brise et quelques gouttes. Puis violent, juste au-dessus de nos têtes. Le faux plafond se met à fuir, les fenêtres sont assaillies de pluie. Puis l'orage s'éloigne, et l'on ressort sous le soleil, persuadé d'avoir ouvert une parenthèse dans le temps.
Echigo-Tsumari n'a pas d'équivalent au monde, mais de plus en plus d'émules : elle a notamment servi de modèle à la biennale Estuaire qui, de
Nantes à
Saint-Nazaire, tente, elle aussi, de mettre en valeur un territoire négligé. Et elle fera un petit l'été 2010 au Japon, avec le festival
Setouchi, dispersé sur les îles autour de
Naoshima, aux fameux musées et oeuvres en plein air. Une nouvelle fois, le concepteur
d'Echigo-Tsumari tentera de revitaliser ces terres méprisées. Quoi de plus vivifiant, après l'art des montagnes, que l'art de la mer ? "
Voir l'ensemble de l'article :
http://www.lemonde.fr/culture/article/2009/08/06/a-niigata-300-km-carres-d-art-par-monts-et-par-vaux_1226248_3246.htmlTriennale
d'Echigo-Tsumari (Japon). Jusqu'au 13 septembre 2009 :
www.echigo-tsumari.jp/2009en/ (Prendre le temps de visionner les 333 fiches de projets : bien que ce soit un peu fastidieux...)