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02 février 2013

Sculpteurs à l'échelle : Oldenburg, Koons, César, les Poirier et les autres


Claes Oldenburg, "Stake Hitch", (1984). 
Acier, aluminium, epoxy,peinture, mousse expansée, résine laminée. Hauteur totale: 16.3 m.  
Dallas Museum of Art, Dallas, Texas. Photo: Attilio Maranzano.

Un des premiers noms d'artiste qui vient à l'esprit lorsque l'on évoque la question de l'échelle, c'est Claes Oldenburg, avec des objets agrandis démesurément... Truelle, cuiller, quille...tout notre quotidien y passe, et l'opération est devenue un classique décliné pour le meilleur ou pour le pire par l'artiste et ses suiveurs. On parlera chez l'artiste de Colossal Monuments et de Giant Objects qui tournent en dérision la notion de monument; celui-ci commémore habituellement un "grand événement" au travers de l'édification d'une sculpture de grande taille. Il a collaboré à partir des années 70 avec l’historienne d’art, sculptrice et critique Coosje van Bruggen, sur des projets à grande échelle pour des espaces publics.

 Performance "Il corso del coltello", Venise (1985), dans le cadre de la biennale.

Exposition en fin de parcours (jusqu'au 17 février 2013) au Guggenheim de Bilbao : http://oldenburg.guggenheim-bilbao.es/fr/expositions/les-annees-soixante/

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Plus contemporain -et blingbling- Jeff Koons (que l'on a pu voir à Versailles il y a peu; voir : http://acasculpture.blogspot.be/2008/09/sculpture-royale-jeff-koons-versailles.html).

Ici, avec son "Puppy", au Guggenheim Museum à Bilbao (1997).
Acier, geotextile , système d'irrigation, plantes. 1234.4 x 1234.4 x 650.2 cm 
 Photo sur le site de l'artiste.

Dans cette veine du "monumental humoristique", on citera également Florentijn Hofman. Plus poétiques, les lièvres ou les mains de Sophie Ryder.

Il y a aussi le désormais classique sculpteur français César, qui, découvrant l'usage du pantographe vers 1965, agrandit son pouce dans des dimensions de plus en plus spectaculaires. La version exposée à la Défense, en est la version la plus grande (12 mètres de haut).

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Ron Mueck : "In bed" (detail) (2005). Queensland Art Gallery Foundation. 
Courtesy: Anthony d’Offay, London. Photograph: Ray Fulton


Evan Penny : "Large Murray" (with Murray) (2008); 244 x 120 x 46 cm; 
silicone, pigment, cheveux et poils, aluminum

Des sculpteurs hyperréalismes comme  Evan Penny ou Ron Mueck travaillent avec des corps agrandis ou réduits, éventuellement déformés. Le trouble du spectateur nait en partie de cette quête obsessionnelle du détail, "au poil près"...quelle que soit l'échelle employée.
Voir : http://acasculpture.blogspot.be/2012/04/evan-penny-megarealiste.html et
 http://acasculpture.blogspot.be/2008/02/sculpture-gante.html
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Maurizio Cattelan, ”Bidibidobidiboo,” (1996), écureuil taxidermisé, céramique, formica, bois, peinture, acier; 
courtesy Collection Sandretto Re Rebaudengo

Maurizio Cattelan joue parfois sur les dimensions des personnages ou détails représentés. Ici, l'animal est "grandeur nature".
Nous avons déja parlé de lui à plusieurs reprises :
http://acasculpture.blogspot.be/2010/07/maurizio-cattelan-le-repos-du-boucher.html
http://acasculpture.blogspot.be/2011/12/maurizio-cattelan-la-reconversion.html
http://acasculpture.blogspot.be/2010/09/from-maurizio-cattelan-with-love.html

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 Don Brown & Yoko. Photo : Dennis Schoenberg

Le sculpteur anglais Don Brown (1962-) vit et travaille à Londres. Cela fait maintenant près de quinze ans qu'il a fait le choix de représenter uniquement son épouse Yoko. Ses sculptures, de taille réduite par rapport à l'échelle humaine, sont réalisées en "faux marbre", une résine acrylique combinée au plâtre. La représentation se veut très "réaliste"...
Voir : http://acasculpture.blogspot.be/2012/02/don-brown-et-yoko-sa-muse.html

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Dans une autre approche, un sculpteur comme Bernar Venet questionne systématiquement notre perception de l'environnement. Ici son projet pour l'A31.
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Anne et Patrick Poirier : "La Colonne Brisée", Aire de Suchères

Anne et Patrick Poirier se sont eux fait connaître par ce qu'on pourrait appeler un travail de maquettes. Travail qui, évoluant au fil des ans, a également représenté des fragments hypothétiques de "monuments antiques", dont certains aux dimensions impressionnantes. Ainsi, ces colonnes dressées ou brisées de Titans, qui évoquent des mondes mythologiques passés ou à venir...
Lire l'article "Les fausses ruines d'Anne et Patrick Poirier au quartier du Ponant".

Anne et Patrick Poirier : "Ostia Antica" (détail). Terre cuite (des millions de briques, des centaines de colonnes); 
12 x 6 mètres. Collection Ludwig Vienn. Photo: saisie d'écran site des artistes.

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Thomas Doyle : "The barrage lifts" (2010). Mixed media ; 40cm de diamètre.

 Dans la veine maquette, on observera les narrations souvent tragiques et toujours méticuleuses de Thomas Doyle. Voir aussi Slinkachu et les aventures de ses little people ou encore Walter Martin et Paloma Munoz dans le genre boule à neige. Nous avons également récemment évoqué les insoutenables champs de bataille des frères Jake et Dinos Chapman, dans le cadre de l'exposition Babel à Lille.

A l'opposé, faut-il encore rappeler les créations "mégalomentales" d'Anish Kapoor ou d'Antony Gormley (capable également de traiter des œuvres à "grande échelle", comme dans les "Field"avec leurs dizaines de milliers de petits personnages en terre cuite).
Voir par exemple :
  http://acasculpture.blogspot.be/2010/04/anish-kapoor-le-tour-de-mittal.html
  http://acasculpture.blogspot.be/2006/09/nature-humaine-sites-dartistes-antony.html
   http://acasculpture.blogspot.be/2008/10/between-you-me-sculptures-dantony.html

08 septembre 2009

Versailles ne reste pas de glace...

Takashi Murakami

L'expo de Xavier Veilhan n'a pas encore débuté (13 septembre) que les projets tombent à Versailles pour les prochaines années; les "frileux"qui avaient critiqué l'expo Koons n'ont pas fini de grincer des dents...

Après Jeff Koons l’année dernière et Xavier Veilhan ce mois-ci, le Château de Versailles devrait présenter, au printemps 2010, le travail de l’artiste japonais Takashi Murakami. Cette envie, lancée il y a quelques mois par le château, devrait devenir réalité grâce au mécénat de l’Emirat du Qatar qui, chose nouvelle à Versailles, souhaite coproduire l’exposition. Celle-ci partira d’ailleurs à Doha à l’automne 2010. L’artiste nippon investira probablement le parcours de visite le plus pratiqué par les touristes avec des œuvres existantes et quelques créations faites exprès pour le lieu. En attendant, à partir du 15 septembre, la galerie Emmanuel Perrotin présentera un ensemble inédit de Murakami comprenant dix-sept peintures, cinq sculptures et deux films. Pour 2011, on parle déjà de Maurizio Cattelan, soutenu également par la galerie Perrotin.

En primeur sur le site de Connaissance des Arts : http://www.connaissancedesarts.com/art-contemporain/actu/articles/oeuvres-expositions/breves/takashi-murakami-et-maurizio-cattelan-au-chateau-de-versailles.html

Le site de la galerie EMMANUEL PERROTIN (énormément de photos :
Chiho AOSHIMA, Daniel ARSHAM, Hernan BAS, Bhakti BAXTER, Sophie CALLE, Maurizio CATTELAN, Peter COFFIN, Johan CRETEN, Wim DELVOYE, Eric DUYCKAERTS, ELMGREEN & DRAGSET, Lionel ESTEVE, Bernard FRIZE, Giuseppe GABELLONE, GELITIN, Duane HANSON, Jesper JUST, Bharti KHER, KOLKOZ, Klara KRISTALOVA, Guy LIMONE, Keegan MCHARGUE, Jin MEYERSON, Mariko MORI, Farhad MOSHIRI, MR., Takashi MURAKAMI, Martin OPPEL, Jean-Michel OTHONIEL, Paola PIVI, Michael SAILSTORFER, Aya TAKANO, Tatiana TROUVE, Piotr UKLANSKI, Xavier VEILHAN, Peter ZIMMERMANN ) : http://www.galerieperrotin.com/artiste-Takashi_Murakami-12.html


Le site de l'artiste : http://www.takashimurakami.com/

10 novembre 2008

La sculpture contemporaine bling-bling ?

Un article décapant "L'art entre provocation et cynisme"par Philippe Dagen dans "le monde" du 31 octobre 2008 à déguster dans son intégralité (pour la bonne cause, afin qu'il ne disparaisse pas dans les limbes de l'archivage); de nombreux artistes très très côtés - cités et illustrés dans nos pages -s'y retrouvent épinglés.


"Une série de onze aquarelles d'Adolf Hitler retouchées par les frères Jake et Dinos Chapman, deux artistes britanniques sulfureux et fort cotés, s'est vendue 815 000 euros à la FIAC, au Grand Palais, dans les deux heures qui ont suivi l'ouverture du salon marchand, le jeudi 23 octobre. Ces aquarelles, exécutées durant la première guerre mondiale, sont des paysages de bataille, peints à la manière des illustrations des journaux d'alors. Elles n'ont, du point de vue de l'art, aucun intérêt. Les rajouts des frères Chapman se composent d'arcs-en-ciel, de nuages comme couchant de soleil ou de taches colorées. Ils n'ont pas davantage d'intérêt visuel.
L'intérêt est ailleurs : il tient à la signature de Hitler et à l'intervention des deux frères sur des pièces autographes et originales. Ces interventions produisent-elles du sens ? Relèvent-elles d'une pensée qui chercherait à s'exprimer ? Pas plus. Les frères Chapman n'ont rien à dire sur Hitler, si ce n'est qu'il est un excellent support pour une provocation dont on parlera et dont la valeur financière croîtra.

Les Chapman en sont des spécialistes. Leur notoriété s'est établie dans les années 1990 quand ils ont exposé des mannequins de jeunes filles et garçons sur les visages et les corps desquels étaient implantés en grand nombre des sexes féminins et masculins. La provocation, déjà, était automatique, aggravée par la jeunesse des figures. Quand ce procédé a été épuisé à force d'avoir servi, ils sont passés aux maquettes de charniers et de camps d'extermination, puis aux aquarelles de Hitler.
Le nazisme a succédé à l'obscénité comme argument d'un scandale aussi assuré que lucratif. La forme matérielle n'est que le support et le signe de cette opération. Il importe qu'elle soit d'une extrême facilité de vision. Des allusions, des nuances affaibliraient la brutalité du choc. Des nouveautés formelles seraient plus fâcheuses encore.
Les frères Chapman ont été promus par Charles Saatchi, publicitaire londonien à succès devenu collectionneur et personnage très influent du marché de l'art. Son haut fait principal est l'exposition "Sensation", en 1997 à la Royal Academy de Londres, dans laquelle il présentait quarante-deux artistes, dont les frères Chapman, qu'il mit à la mode sous le terme "Young British Artists".
Le même Saatchi a "lancé" Damien Hirst, autre praticien du "faites simple, vous vendrez cher" et star incontestée du marché de l'art. Son Veau d'or est un vrai veau de 18 mois, dont les cornes et les sabots ont été vraiment dorés et dont l'encolure porte un disque d'or à 18 carats. On ne peut pas faire plus élémentaire. Prix de vente chez Sotheby's : 18 millions d'euros.
Autre sujet direct et universel, la mort. Hirst est donc l'auteur de For the Love of God, crâne humain où sont enchâssés 8 600 diamants, au total 1 106,18 carats. Ce n'est qu'une énième variation sur le thème de la vanité, l'un des symboles les plus communs de l'histoire de l'art, toutes cultures confondues. Prix de vente de cette banalité luxueuse : 100 millions de dollars (76,10 millions d'euros).
Dans le même registre, Hirst propose aussi la vache ou le mouton découpés en tranche et plongés dans le formol. Dégoût garanti. Quant aux peintures, elles agrandissent des clichés de cellules malades. Titres : Cancer de la peau, Cancer des glandes salivaires. Au cas où ce ne serait pas assez clair, Hirst rajoute des lames de rasoir et des éclats de verre. Pour que l'objet produise son effet, il faut donc qu'il soit très simple de compréhension et supposé très violent, rien de plus. Une partie de l'art actuel en est là - celle dont on parle le plus parce qu'elle se vend le plus cher. Et c'est là ce qui gêne : non les montants dépensés par des investisseurs qui en ont les moyens, mais la médiocrité et le simplisme de ce qu' ils paient si cher.
ARGUMENT PUBLICITAIRE
Que l'art soit coûteux, c'est une longue tradition en Europe : mais l'art digne de ce nom, celui qui donne à sentir et à penser, Rembrandt ou Picasso, Titien ou Bacon. Or ces objets qui, depuis quelque temps, sont portés aux sommets de l'argent se caractérisent par la pauvreté d'idées, la littéralité des formes et l'absence de toute invention. Surtout ne pas transposer, surtout produire au premier degré, telles sont les règles. Elles empruntent aux principes d'Audimat que cultivent, avec le plus parfait mépris du consommateur, les industries de la télévision et de la publicité et leurs tacticiens. Le message est asséné, l'image s'impose par son évidence et les sujets évoqués sont primaires - le sexe, la mort - ou abjects - le nazisme. Les objets proposés sont des illustrations censées avoir un impact émotionnel intense. Et une valeur financière proportionnelle à cette accessibilité et à cet impact.
Jadis, Manet, Cézanne ou Matisse faisaient scandale malgré eux : non par désir de déplaire mais parce qu'ils ne pouvaient peindre autrement qu'ils le faisaient, sauf à se trahir. Duchamp, les dadaïstes et les surréalistes faisaient scandale délibérément : c'était l'une de leurs manières de protester contre toutes les institutions, contre l'ordre social et les traditions. Hirst, les frères Chapman et quelques autres - Tracey Emin, Maurizio Cattelan - font de la provocation leur procédé unique, du scandale un pur argument publicitaire. Bien loin de le contester, ils tirent le parti le plus avantageux du capitalisme. Non seulement ils n'ont aucune critique à formuler contre lui, mais ils flattent quelques-uns de ses milliardaires en les faisant passer pour des protecteurs des arts. Ils jouent du système de médiatisation et le plus que l'on puisse leur reconnaître est une intelligence cynique de la situation.
Non plus dans le genre de la provoc morbide, mais dans le style tendre et lénifiant, il faut en dire autant de Jeff Koons quand il agrandit des jouets et des bouées, suspend des cœurs mordorés à des rubans écarlates et fait preuve, dans les appartements du château de Versailles, de ses talents de décorateur. Une telle conception de l'activité artistique n'est pas neuve. Dans le dernier tiers du XIXe siècle, elle fit la fortune des plus pompiers des peintres. A l'instar de leurs successeurs actuels, ils fabriquaient des images et des statues qui frappaient par leurs dimensions considérables, leur perfection technique, leur absence absolue de nouveauté, leurs sujets connus de tous et leur cherté extravagante. On sait ce qu'il reste de ces fournisseurs des grands de ce temps-là, Gérôme, Meissonnier et leurs émules : à peine plus que les noms.
Ce jugement de l'histoire est rassurant, sans doute. Mais pour tous ceux qui se refusent à considérer l'art comme une branche spécialisée du luxe et du divertissement, c'est une faible consolation. "

27 octobre 2008

La famille sculpture : tant qu'il y aura des formes


"Rumi" (1991), de l'Américain Mark Di Suvero - Photo : Laurent Lecat



Nous reprenons dans son intégralité un article de Télérama publié en marge de la Fiac 2008 : ce n'est pas l'habitude de la maison, mais la peur de voir une synthèse de qualité disparaître des pages accessibles nous a conduit à ce forfait... Ce texte a le grand mérite d'évoquer la notion de "bricolage" chère à Lévi-Stauss... et à notre approche scupturale (structurale).
" {…} Tout le monde sait que l'artiste tient à la fois du savant et du bricoleur: avec des moyens artisanaux, il confectionne un objet matériel qui est en même temps objet de connaissance. Nous avons distingué le savant et le bricoleur par des fonctions inverses que, dans l'ordre instrumental et final, ils assignent à l'événement et à la structure, l'un faisant les événements (…) au moyen de structures, l'autre des structures au moyen d'événements {…}" (in "La pensée sauvage" , 1962).

Imaginons que l'art soit une grande famille, et que cette famille se divise en plusieurs branches - choisissons-en sept pour faire le jeu des sept branches. Il y a les branches anciennes (la peinture et la sculpture, datant de plus de trente mille ans), une branche intermédiaire (la photographie, presque bicentenaire) et les branches récentes (quelques dizaines d'années). Ces dernières se sont multipliées depuis le début du XXe siècle, multiplication qui se révèle avec le temps inversement proportionnelle à la présence de sens. Quoi qu'il en soit, afin de constituer le jeu des sept branches, il a donc fallu élaguer et n'en conserver parmi les plus récentes que quatre : l'art vidéo, l'art conceptuel, l'installation et le bricolage (ce dernier étant le mélange de toutes les branches, une réactualisation du vieux fantasme de l'art total). Il en manque donc (land art, body art, etc.). Du moins en apparence, car beaucoup d'artistes utilisent ces disciplines comme des outils, au même titre que la peinture, la sculpture ou la vidéo. Certains, parmi les plus jeunes, n'ont même plus de discipline privilégiée. Contrairement à Picasso, par exemple, qui utilisa beaucoup de techniques mais reste avant tout un peintre, ils sont tout à la fois et rien en particulier. Ils sont actuels. Ils fabriquent des dispositifs. Ils sont parfois conceptuels, souvent photographes et vidéastes, toujours installateurs, un peu peintres et dessinateurs, très rarement sculpteurs. Ils bricolent. Ils animent. Ce sont les « gentils organisateurs », sinon de l'art, du moins de sa version industrielle : le néo-pop, qui, au-delà des disciplines, des genres et des catégories, cherche à poser sur toutes les branches de la famille, y compris les plus anciennes, ses guirlandes bariolées.


La Sculpture
C'est, avec la peinture, la plus vieille (et de loin) lignée artis-tique : la sculpture date du paléolithique supérieur, plus précisément de l'aurignacien (34 000-30 000 avant notre ère). La plus ancienne connue est un magnifique homme à tête de lion, trouvé en Allemagne en 1939. Apparaîtront ensuite les Vénus du Gravettien (30000-20000) : celle de Willendorf en calcaire peint, celle de Vestonice en terre cuite, celle de Lespugue en ivoire, celle de Savignano en stéatite... Comme la peinture, avec laquelle elle resta longtemps associée, la sculpture a connu des hauts et des bas. Le dernier bas est à la fois récent et comique : quelques théoriciens, enivrés par leurs propres gnoses, ont annoncé à la fin du XXe siècle que la photographie était la forme contemporaine d'une sculpture de toute façon mourante. Or la sculpture vit. Elle vit même très bien en Angleterre où, depuis Henry Moore et Anthony Caro, une grande tradition se perpétue. Très bien aussi aux Etats-Unis sous sa forme abstraite, minimaliste et élégante (David Smith ou Richard Serra). Dans sa version expressionniste, elle prospère en Allemagne (Georg Baselitz, Markus Lüpertz, Stephan Balkenhol). Bref, la sculpture se porte à nouveau comme un charme, qu'elle se présente au sein d'une installation (Louise Bourgeois), comme un produit conceptuel (Jeff Koons) ou qu'elle reste sous une forme plus traditionnelle.

Néo-pop
Comme pour la peinture, la sculpture pop a hérité des ready-mades de Duchamp, de dada et du surréalisme. Il s'agit en général d'un objet quotidien - une boîte d'allumettes, une truelle, enfin, n'importe quoi - dont les dimensions ont été augmentées jusqu'au gigantisme. Ce peut être aussi la multiplication d'un même objet ordinaire, comme les boîtes de lessive Brillo de Warhol. On reconnaît là deux des caractéristiques du kitsch décrit par le sociologue Abraham Moles à la fin des années 60 : le changement d'échelle et l'abondance. Toujours comme en peinture, le pop s'est transformé (à peine) en néo-pop. On peut le constater avec l'artiste australien Ron Mueck qui conçoit des personnages (souvent des bébés) hyperréalistes de taille gigantesque - quelle différence fondamentale y a-t-il entre une pioche hyperréaliste géante de Oldenburg et un bébé hyperréaliste géant de Mueck ? On le voit aussi avec les représentations très réalistes de l'Allemande Katharina Fritsch, qui joue à la fois sur le gigantisme et la miniaturisation, des Français Daniel Dewar et Gregory Gicquel, qui font de la copie d'objets ordinaires, ou avec l'Anglais Marc Quinn, dont les bronzes
peints en blanc empruntent au surréalisme l'aspect inattendu (comme chez le Flamand Jan Fabre) et à l'hyperréalisme américain (George Segal) une certaine
obscénité. Dans ce dernier genre, les deux frères anglais, Jake et Dinos Chapman gardent largement la tête de l'art kistch « poppot » (pour pop potache).

Conceptuelle
Contrairement à la peinture, la sculpture conceptuelle est la plupart du temps figurative et souvent hyperréaliste. Mais le principe est le même : l'artiste conçoit et ne fait rien de ses dix doigts. Lui ou/et sa galerie produi(sen)t - et ça coûte très très cher. Un des aspects sympathiques est alors l'utilisation d'une machine, comme le fait le Français Xavier Veilhan. Un ordinateur prend l'image photographique (un lion, un requin, l'artiste lui-même), la transforme en une image en trois dimensions, la déforme et la transmet à une machine qui la taille dans du bois ou du polystyrène. Une finition en inox recouvert d'une peinture époxy est possible, solution empruntée au maître du genre, l'Américain Jeff Koons. Ce dernier, lui, ne fait qu'établir le bulletin de commande à une entreprise qui réalisera l'objet, souvent géant, histoire de jouer avec le pop art. Si les pionniers de la sculpture conceptuelle (les Américains Robert Morris, Sol Lewitt...) analysaient le concept même de sculpture (horizontalité/verticalité, vide/plein, etc.), les conceptuels actuels, en bons artistes académiques, tout en s'appuyant sur les avant-gardes du début du XXe siècle, font fabriquer le kitsch que la société actuelle réclame. Dans ce genre, les Anglos-Saxons dominent (parmi lesquels l'Anglais Damien Hirst), mais il va falloir compter avec les Chinois (Wang Du, Jing Shijan et autres), dont la puissance de production commence à épater tout le monde - et l'épate, dans le milieu de l'art, est une condition essentielle de la réussite.

Abstraite
La première sculpture abstraite est peut-être l'oeuvre du Roumain Constantin Brancusi (1876-1957), bien qu'il ait toujours refusé cette paternité. Le genre s'est beaucoup développé, comme dans la peinture, durant l'époque moderne, à partir de premières expériences très géométriques. Ses meilleurs interprètes, il les trouve après la Seconde Guerre mondiale en Allemagne, avec Ulrich Rückriem, et surtout aux Etats-Unis, avec les expressionnistes (David Smith, Richard Stankiewicz, Mark Di Suvero) ; puis, dans les années 60, avec le mouvement minimaliste (Carl Andre, Richard Serra, Sol Lewitt, Dan Flavin, Donald Judd), assez proche du mouvement conceptuel au point qu'un artiste pouvait se revendiquer des deux (Lewitt). Cette voie se perpétue avec des artistes comme le Français Bernar Venet, mais elle perd du terrain au profit de l'installation.
Classique
On en parle peu et certains disent même que ce genre est exsangue. Quelques peintres allemands de renom le pratiquent encore, comme Baselitz ou Lüpertz. D'autres l'ont abandonné, comme l'Espagnol Jaume Plensa au début des années 90, pour un travail plus conceptuel sur la lumière et les mots. D'autres encore le développent seuls, sous une forme très singulière, tel l'Italien Giuseppe Penone, avec ses végétaux. Mais il faut toujours se méfier des morts annoncées. C'est lorsque l'on n'accorde plus aucun crédit à une sculpture figurative qui ne serait pas fille du pop qu'apparaissent des artistes comme la Belge Berlinde De Bruyckere et sa représentation violente de corps expressionnistes tronqués, douloureux. Il y a là l'héritage féministe et plastique de Louise Bourgeois, et pourquoi pas quelque chose de baroque qui viendrait du Bernin ou de Puget ?

Olivier Cena
Télérama n° 3066 http://www.telerama.fr/scenes/la-famille-sculpture-tant-qu-il-y-aura-des-formes,35088.php

24 octobre 2008

Sculpture numérisée


Apportées dans les médias par le vent de la polémique autour de l'installation des "body scanners" dans nos aéroports, quelques images qui n'auront pas échappé aux créateurs qui sommeillent(?) en chacun(?) de nous; un potentiel technique qui intéressera les sculpteurs : après les scanners d'objets, technologie que nous avons déjà évoquée dans nos "colonnes", voici le corps humain accessible au frittage (Selective Laser Sintering, SLS). http://acasculpture.blogspot.com/2008/06/technologie-de-la-sculpture-selective.html
Les ébats en 3D de Jeff Koons et de sa muse en temps réel... un grand pas pour l'humanité. Après la mort annoncée de la peinture lors de l'invention de la photographie, voici s'amonceler de lourds nuages au dessus de la sculpture...
Une page du site de la "Cornell University" consacré aux "body scanner " : http://www.bodyscan.human.cornell.edu/scene60df.html