Jury Sculpture ARBA-ESA , MASTER 2013

Jury Sculpture ARBA-ESA - BAC 2013

01 avril 2014

Bob Van der Auwera : « Le Vide comme matière sculpturale »


L’exposition présentera plusieurs décennies de créations sculpturales et de monotypes, ponctuées de projets, de prototypes, de dessins mais aussi d’œuvres expérimentales. Elle permettra de découvrir les multiples facettes de son œuvre qui, tout en restant souvent fidèle au cube et au carré, structure, déstructure et restructure les espaces par la mise en relation du vide et du plein. Ses compositions constructivistes offrent aux spectateurs une infinité de « vues choisies » questionnant inévitablement notre relation à l’espace. En parallèle au travail de l’artiste, sa personnalité active dans la vie culturelle locale et nationale sera évoquée.Présentation de l'exposition sur le site de Wolubilis

Si Bob Van der Auwera est bien connu du public pour son abstraction rigoureuse et vigoureuse, développée dans ses déclinaisons autour de l'acier, c'est aussi un acteur culturel majeur du paysage belge depuis de nombreuses années : comme dynamique créateur-animateur-responsable des Ateliers de la rue Voot, comme professeur de sculpture monumentale réputé à l'Académie des Arts de la Ville de Bruxelles, comme commissaire d'exposition avec l'impressionnante série des "Cubes au carré" (et déclinaisons) qui ont fédéré plus d'une centaine d'artistes au travers du pays pendant 3 ans; enfin comme membre de jury recherché dans toutes nos écoles et institutions.

L’exposition se tiendra à Wolubilis, Cours Paul-Henri Spaak, 1 (anciennement Avenue Paul Hymans, 251) 1200 Bruxelles, du 4 au 20 avril 2014. Vernissage le jeudi 3 avril 2014 à 18h. Ouvert le mardi, mercredi, jeudi et vendredi, de 13h à 19h; le samedi et dimanche de 12h à 18h. Entrée libre.

Le site de l'artiste :  http://www.bobvanderauwera.be/

Nous vous avons déjà parlé à plusieurs reprises de "notre ami et néanmoins sculpteur":
http://acasculpture.blogspot.be/2011/03/bob-van-der-auwera-cubes-et-carres.html
http://acasculpture.blogspot.be/2009/01/le-cube-au-carr-au-muse-ianchelevici.html
http://acasculpture.blogspot.be/2008/02/sculpture-au-cube.html

14 mars 2014

Alice Aycock, du vent dans les voiles dans Park Avenue

"The notion is that there is this big wind that moves up and down the avenue, and that it makes the forms or blows the forms and leaves it in its wake". Alice Aycock

"Waltzing Matilda"(2014). Fibre de verre et résine,
4,5 m de haut x 4,5m x 5,5m. Images de synthèse sur le site de l'artiste.

Cyclone Twist”  assemblée le long de Park Avenue. 
  Photo Richard Perry/The New York Times


"Waltzing Matilda" installée; vue avec feux de signalisation et sans herbe...(2014). 
Fibre de verre et résine, 4,5 m de haut x 4,5m x 5,5m.

"Les New-Yorkais ont pu découvrir une nouvelle série de sculptures de l’artiste Alice Aycock le 11 mars le long de Park Avenue. Cette série, intitulée « Park Avenue Paper Chase », comprend sept structures. Elles semblent interagir les unes avec les autres et donnent une impression de mouvement. L’œuvre joue avec l’architecture de la rue.
Les sculptures géantes, fabriquées à partir de fibre de verre et d’aluminium, ont reçu plus de 1 M$ de financement de la part de la Galerie Thomas Schulte, basée à Berlin, et d’un investisseur inconnu. L’installation s’achèvera le 20 juillet 2014 et les pièces seront mises aux enchères, ainsi que les sculptures en modèles réduits."
Information reprise de AMA (Art Media Agency est une agence de contenu sur le marché de l'art. Actualité pointue et fournie; on regrettera cependant l'absence de photos... )

 Découvrir l'ensemble du projet : http://www.salomoncontemporary.com/works/aycock/Aycock_Park_Ave.pdf
Voir article dans le New York Times

On a connu l'artiste plus "construite".
Voir par exemple :


Studies for a Town” (1977). Bois, de 1 à 3 mètres de haut, diamètre environ 4 m.
Collection: Museum of Modern Art, New York.

"The House of the Stoics Structure A" (1984). Bois peint en blanc. 
Environ 10 mètres de haut; base de 4 mètrs de côté. 
International Contemporary Sculpture Symposium, Lake Biwa, Japan.

"Ghost Ballet for the East Bank Machineworks", Nashville, Tennessee (2005-7). Aluminium, néon,
formes en acrylique thermoformé. Environ 30 x 10 x 30(h) mètres.

 Le site de l'artiste : http://www.aaycock.com/


10 mars 2014

Gérard Mortier, le creuset de l'art contemporain



...Gérard Mortier a occupé les plus grandes fonctions dans le monde de l’opéra. Il fut un créateur infatigable, un innovateur, un agitateur d’idées, un humaniste à l’immense culture, un grand défenseur de l’idée européenne et du rôle des artistes, un pourfendeur des nationalismes.
Avec ce décès, non seulement la Belgique, mais l’Europe, voire les États-Unis (il fut pressenti à New York), perd un des acteurs les plus importants de sa vie artistique depuis trente ans. Il était un révolutionnaire dans le meilleur sens du terme, un agitateur d’idées, un bâtisseur de cathédrales, un grand humaniste. Chacun qui le rencontrait sortait grandi d’avoir discuté avec lui, de l’avoir écouté quand il ouvrait grandes les portes de l’art, de l’histoire, de l’imagination, de la création, de l’audace...
 Extrait de l'article de Guy Duplat dans La Libre (9 mars 2014) : Gérard Mortier, mort d’un bâtisseur de cathédrales

Les a priori existent partout. J’ai lu dans la presse madrilène que je suis un terroriste de la modernité. Qu’est-ce à dire ?... Retournons à Baudelaire : la modernité consiste à se remettre constamment en question, être toujours à la recherche des courants de l’art qui précèdent ou suivent ceux de la société et leur donner une chance. Je ne m’autoproclame pas moderne, ce sont les autres qui le disent.
Extrait d'une interview parue dans le journal La Croix, en 2010


Cette révolution de l'opéra est née dans un creuset multidisciplinaire qu'a mis en place Gérard Mortier, au travers de collaborations spectaculaires, inattendues, innovantes (et parfois très onéreuses) avec les grands artistes d'aujourd'hui, issus de la musique mais aussi d'autres champs de la création, comme le cinéma avec Michael Haneke (Don Giovanni en 2006). Nous retiendrons ici quelques grandes collaborations avec des plasticiens comme les Kabakov, Bill Viola, Anselm Kiefer,  Chiharu Shiota ou Marina Abramovic.

En 2009, "Am Anfang" (Au commencement), dans la mise en scène et les décors d'Anselm Kiefer (issus de Monumenta ). Commande de Gérard Mortier pour les 20 ans de l’opéra Bastille et son départ. Photo Le Figaro.

"Tristan und Isolde" (Richard Wagner) mis en scène à l'Opéra de Paris par Peter Sellars dans une scénographie de Bill Viola (2005). Photo : DR



La coupole, élément central de la mise en scène et installation d’Emilia et Ilya Kabakov, au milieu des gradins du Madrid Arena pour le Saint François d’Assise d'Olivier Messiaen. (2011) (Photo?) Il existe une création antérieure de cet opéra par Gérard Mortier au Festival de Salzbourg, avec une mise en scène tout aussi spectaculaire par Peter Sellars (1992).


"Matsukaze", un opéra de Toshio Hosokawa présené en 2011 à la Monnaie, avec la participation de l'artiste Chiharu Shiota. Photo Johan Jacobs. Nous en avions déjà parlé dans SCULPTURE.

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Rappelons qu'un des gestes emblématiques de Gérard Mortier à la Monnaie de Bruxelles, fut le "relooking" de l'entrée de l'opéra par Sol Lewitt (pavement) et Sam Francis (plafond).


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Pour en savoir plus : http://brunoserrou.blogspot.be/2014/03/gerard-mortier-est-mort-dans-la-nuit-de.html
Une de ses dernières interview accordée au New York Times en février 2014 : Feisty Opera Impresario Regrets Lost Opportunity / Gerard Mortier, in Rare Interview, Weighs His Recent Past
 

07 mars 2014

Mapplethorpe - Rodin, l'objectif de la chair




Le temps d’une exposition, le musée Rodin confronte deux formes d’expression - Sculpture et Photo-graphie - à travers l’œuvre de deux artistes majeurs : Robert Mapplethorpe et Auguste Rodin. Bénéficiant de prêts exceptionnels de la Robert Mapplethorpe Foundation, cette exposition présente 50 sculptures de Rodin et un ensemble de 102 photographies dont l’audacieux dialogue révèle la permanence des thèmes et sujets chers à ces deux grands créateurs.
Présentation de l'exposition sur le site du Musée Rodin

"Je vois les choses comme des sculptures, comme des formes qui occupent un espace"
Robert Mapplethorpe



Auguste Rodin, "Assemblage : nu féminin sortant d’un pot, plâtre et terre cuite", 
Musée Rodin. Photo Christian Baraja. Robert Mapplethorpe "Cabbage", 1985 

Robert Mapplethorpe, Robert Sherman, 1983, used by permission of the Robert Mapplethorpe Foundation.
Auguste Rodin, Tête de la Luxure, plâtre, 1882 © musée Rodin, ph. C. Baraja


Présentation du catalogue de l'exposition chez Actes Sud Beaux Arts :

Ce catalogue d'exposition (musée Rodin, à partir du 8 avril 2014) confronte les œuvres du photographe américain Robert Mapplethorpe (1946-1989) à celles de Rodin, dans un dialogue fort. Le premier a beau sculpter les corps à travers son objectif, et le second recourir à la photographie tout au long de sa carrière, rien ne semble lier les deux artistes. L'un court après la forme parfaite, l'autre s’obstine à capturer le mouvement dans la matière. Rien de spontané chez Mapplethorpe le méticuleux,  tandis que Rodin s’en remet aux fulgurances du geste, quitte à en accepter l’expression accidentelle.  Les plans hyper maîtrisés de l’un font écho aux rondes-bosses tourmentées de l’autre. La fragmentation des corps, leur examen compulsif, les drapés qui les dissimulent à peine signent une quête commune, également sensuelle. Distantes de près d’un siècle, les deux œuvres présentent d’innombrables similitudes et produisent des diptyques saisissants.
 
Exposition du 8 avril au 21 septembre 2014, Musée Rodin, 77, rue de Varenne, Paris
La Réunion des musées nationaux organise parallèlement au Grand Palais une rétrospective Mapplethorpe, du 26 mars au 13 juillet 2014.
Le site de la Robert Mapplethorpe Foundation : http://www.mapplethorpe.org/foundation/

Et si vous souhaitez découvrir plus avant l'univers de Rodin, et plus particulièrement cette œuvre "sulfureuse" qu'est "La porte de l'Enfer", il y a cette belle vidéo, produite par le Canal Educatif à la demande en partenariat avec Le Musée Rodin et l'INHA : http://www.canal-educatif.fr/videos/art/4/rodin/la-porte-des-enfers.html?gclid=CIjct6KdgL0CFSfmwgodzFYAkg

05 mars 2014

Duane Hanson, sculptures de l'american dream

Visiteuses de l'exposition devant l'installation "Lunchbreak" (détail) (1989) photo © JFD

Le Musée d'Ixelles (B) présente une (petite) rétrospective consacrée au sculpteur américain Duane Hanson (1925-1996). On est loin des "machines de guerre", très tendance dans les grands temples de l'art contemporain de la planète. N'empêche, la qualité est au rendez-vous : un bel ensemble de sculptures représentatives de la période après 1970, où l'artiste glisse d'un registre franchement engagé, critique envers la société et ses injustices, voire carrément "trash", à un discours moins violent, plus satirique dans sa représentation des archétypes américains (occidentaux?).


"Flea Market Lady" (Édition 1/4 1990); 
bronze, polychromie à l'huile et technique mixte avec accessoires. Photo ©JFD

Ce n'est ici pas de la poudre aux yeux cinématographique, mais un travail de fond : nous nous sommes blasés (malheureusement sans doute) insensiblement, peut-être au contact des effets spéciaux, et certaines de ces sculptures relèveraient techniquement (en 2014) de la sage présentation d'un diorama au musée des sciences naturelles (Duane Hanson a beaucoup cherché la formule idéale de peinture)...
Mais nous ne sommes pas chez Madame Tussauds :  un réalisme, oui mais pour mieux nous faire vivre cette mise en scène douloureuse de la condition humaine; on lit la détresse, la solitude, l'aliénation... dans le regard vide de ces antihéros du rêve américain.

"Queenie II" (Édition 1/1) (1988). 
Stuc de remplissage, polychromie à l'huile, technique mixte avec accessoires. Photo ©JFD

Cette présentation s'accompagne d'un ensemble de documents appréciés tant par le profane, que par le professionnel : photos et vidéos des séances de moulage sur nature , moulages, portraits, affiches, citations... sans oublier le catalogue de l'exposition.


Détail moulage de torse (1993) Photo ©JFD

            Je ne reproduis pas la vie, je formule une réflexion sur les valeurs humaines. Mon travail concerne des gens qui mènent des vies tranquillement désespérées. Je montre la stupidité, la fatigue, le vieillissement et la frustration. Ces gens qui n'arrivent pas à suivre le rythme de la compétition. Ce sont des exclus, ils sont psychologiquement handicapés.                                                          Duane Hanson
 Précisons que le décès de l'artiste est étroitement lié à de longues années d'exposition aux produits (résine polyester, fibre de verre) mis en œuvre dans ses sculptures.


Son héritage est porté par une nouvelle génération d’artistes hyperréalistes comme Ron Mueck, Maurizio Cattelan, Evan Penny ou Don Brown (nous avons parlé de ceux-ci à plusieurs reprises), qui se sont emparés de nouvelles technologies pour aller encore plus loin dans cette quête du vivant.

Exposition du 20 février au 25 mai 2014.
La page du musée d'Ixelles consacrée à l'exposition : http://www.museedixelles.irisnet.be/fr/page-daccueil-1/expositions/expositions-en-cours-1/duane-hanson/duane-hanson.-sculptures-of-the-american-dream

Lire l'article de La Libre sur la mise en place de l'exposition :  http://www.lalibre.be/light/societe/les-mains-baladeuses-des-sculptures-de-duane-hanson-52fb71bf3570516ba0b992d5
Article de la RTBFDuane Hanson, de chair et de résine

01 mars 2014

Bill Viola, d'eau et de feu

Avec vingt œuvres magistrales, soit plus de trente écrans et des heures d'images, Bill Viola au Grand Palais constitue l’une des plus larges rétrospectives consacrées à l'artiste.


Bill Viola est sans doute le plus célèbre représentant de l'art vidéo. Pour la première fois, le Grand Palais présentera un vaste ensemble de ses œuvres, y compris des "moving paintings"(tableaux en mouvement) et des installations monumentales, de 1977 à aujourd'hui. Axé simultanément sur les expériences intimes et universelles, l'artiste exprime son voyage émotionnel et spirituel à travers de grands thèmes métaphysiques - la vie, la mort et la transfiguration...
Présentation sur le site du Grand Palais
Le véritable lieu où l’œuvre existe ne se trouve pas sur l’écran ou à l’intérieur des murs mais dans l’esprit et le cœur de la personne qui l’a vu.
Bill Viola

Exposition au Grand Palais du 5 mars au 21 juillet 2014

Extrait d'un article de Libération en avant première : http://next.liberation.fr/arts/2014/02/25/bill-viola-the-dreamers-en-avant-premiere_982845
... il faudra voir et revoir, découvrir, méditer (on rêverait d’un ticket à entrées multiples!). Entendre une pensée qui se nourrit des peintures rupestres à la technologie d’aujourd’hui, en passant par la philosophie platonicienne, la fresque de la Renaissance, mais aussi bien la poésie des grands mystiques ou l’art de la tension des archers japonais. Chez lui, le rythme est ralenti, le temps est autre.
A écouter également, l'interview réalisée par Frédéric Mitterrand le 26 février 2014 dans son émission Jour de Fred sur France Inter : http://www.franceinter.fr/emission-jour-de-fred-bill-viola-au-grand-palais


Voici un aperçu (de très mauvaise qualité) de l'installation "The Dreamers" qui sera visible dans le cadre de l'exposition.(filmé à "la sauvette" en juin 2013 à la galerie Blain|Southern)




Nous avions déjà parlé de Bill Viola en 2010 à l'occasion de l'exposition au Fresnoy Studio National des Arts Contemporains http://www.lefresnoy.net/ avec Thierry Kuntzel : "Deux éternités proches" . Les deux hommes étaient amis depuis des années et Le Fresnoy avait déjà consacré une importante exposition à l’œuvre du Français Thierry Kuntzel en 2006, quelques mois avant sa mort.


Le site officiel de Bill Viola : http://www.billviola.com/
Ce site contient en réalité peu de documents; pour d'avantage d'informations, il faut se référer aux galeries de l'artiste et différents lieux d'exposition, nettement plus à jour. Comme par exemple la Blain|Southern Gallery, avec cette image de "The Dreamers", vidéo-installation de 2013;


ou une interview-portrait de l'artiste (non transposable ici), proposée par la galerie James Cohan : https://vimeo.com/82405879

Nous avons malgré tout découvert cette belle (et longue) interview qui donne en évoquant certaines de ses créations emblématiques, toute une série de clefs, dont sa chute dans un étang lorsqu'il était enfant, pour comprendre son œuvre; par Louisiana Channel (YouTube)





Sans vouloir casser le rêve, voici le making de Emergence, une vidéo commissionnée par le Getty Muséum, inspirée d'une fresque de Masolino da Panicale; on y voit ici le méticuleux travail de Bill Viola.



Enfin, pour les fans, voici une des premières vidéos de Bill Viola présentée en France : Chott-el-Djerid,  tournée dans le désert tunisien; où l'eau et le feu se rejoignent dans les mirages. Merci à Télérama pour cette découverte (article très complet de Olivier Cena à lire dans le n°3347 du 5 mars 2014)

12 février 2014

Nancy Holt, constellations dans le désert


Sunlight in Sun Tunnels (1976), by Nancy Holt (détail). Photo sur la page theguardian.com

Une des figures mythiques du Land Art, Nancy Holt, est décédée ce 8 février 2014 à New York à l'age75 ans. Sa pièce la plus connue , Sun Tunnels ( 1973-1976 ) , se trouve dans le Great Basin Desert en Utah . Composée de quatre tuyaux en béton de 22 tonnes , mesurant chacun environ 6 mètres de long et 2,5 mètres de diamètre, les pièces sont orientées en fonction des solstices d'été et d'hiver. Les parois de chaque tube sont perforées de telle sorte que , pendant la journée, lorsque le soleil passe à travers elles, diverses constellations sont projetées à l'intérieur (Dragon, Persée, la Colombe et le Capricorne). Leur taille (des trous) est en fonction de l'importance des étoiles, et les taches de lumière qui percent l'intérieur des buses reproduisent leurs figures qui se déplacent le jour avec le mouvement du soleil et la nuit avec celui de la lune. (Wikipedia).

  © Photograph by Laurence Belingard, 1999

Ce projet est né alors qu'elle accompagnait son mari Robert Smithson en 1973 alors qu'il effectuait les repérages pour Amarillo Ramp. Il meurt d'ailleurs dans un accident d'avion tandis qu'il prend des photographies de son œuvre, et c'est Nancy Holt qui l'achèvera avec l'aide de Richard Serra et Tony Shafrazi.

RIP Nancy. 
Elle a rejoint les étoiles qui l'avaient tant fascinée. Elle s'est envolé samedi, vers ces constellations qu'elle avait gravées dans le béton, qu'elle aimait comme on aime un être cher que l'on peut toucher. Nous ne la reverrons plus, elle n'est plus là mais ses œuvres continueront de parler pour elle. Elle est partie, quelques semaines à peine après avoir achevé le film anniversaire sur Amarillo Ramp (1973), cette satanée rampe de terre et de roches qui a couté la vie à son cher Bob. La boucle est bouclée. La ligne est franchie. La spirale l'a définitivement emportée. Une grande page se tourne, une page qui laisse un immense vide, dans l'immensité de ce désert qu'elle a su investir avec tant de sensibilité, tant de justesse, et tant de modestie.
Cette notice est reprise dans son intégralité sur la page facebook de l'Oservatoire du Land Art.
Elle fait allusion au dernier projet de Nancy Holt qui a été l'édition du making of de "Amarillo Ramp" (2013 ) , un film consacré à l’œuvre de Smithson, actuellement à l'affiche de l'exposition " Robert Smithson in Texas" au Dallas Museum of Art.

Découvrir également le site de référence Observatoire du Land Art animé par son fondateur-directeur Marc de Verneuil :  http://www.landart.fr/



© Photograph by Scott Carrier

Voir article : http://galleristny.com/2014/02/nancy-holt-visionary-land-artist-dies-at-75/
Voir également un ensemble de liens consacrés au land art sur le site :  http://www.earthworks.org/links.html
Nous avions consacré un post à Nancy Holt il y a 2 ans à l'occasion de l'installation de sa première œuvre permanente en France, "Avignon Locators" :
http://acasculpture.blogspot.be/2012/05/nancy-holt-et-le-land-art-avignon.html

20 janvier 2014

Du spirituel dans l'art contemporain : Beuys, ORLAN, James Turrell, Maurizio Cattelan, Andres Serrano, Ana Mendieta, Marina Abramovic ...

De nombreux artistes contemporains touchent au domaine du spirituel au travers de leurs créations. Cet intérêt prend les formes les plus variées, allant de la citation plus ou moins littérale de textes sacrés issus des "grandes religions", à des "pratiques fétichistes" qui relèvent du chamanisme, de l'occultisme ou de l’anthropologie plus ou moins assimilés, en passant par diverses attitudes syncrétiques, œcuméniques, néopaganistes...voire  une "mythologie individuelle" (Beuys). Ainsi naissent des mots, des images, des objets et des nouveaux lieux voués aux cultes...


Joseph Beuys, " I like America and America likes me" (1974).© 2013 The Milanese

Des artistes comme Beuys développent des pratiques qui relèvent du chamanisme, avec des objets, des lieux et des performances où le matériau fait sens. On y associera Anselm Kiefer avec ses références aux textes sacrés (même les plus hermétiques, comme la kabbale) et utilisant des matériaux "sacralisés", comme le plomb des toitures de la cathédrale de Cologne. Les performances (sacrifices?) de Ana Mendieta ou Marina Abramovic relèvent également de rituels païens où Éros et Thanatos se rejoignent.


 James Turrell, Roden Crater, Aqua De Luz, Tixcacaltuyub, Yucatan, Copyright James Turrell, Photo by Ed Krupp.

Ne peut-on considérer que certains artistes qui relèvent du landart, comme Walter De Maria, Andy Goldsworthy ou James Turrell , "communient" avec la nature, créent ce que l'on pourrait appeler des "interfaces sacrés" entre les hommes et (les) dieu(x) : ainsi, le Lightning Field, Les Refuges d'art ou le Roden Crater...


Dans l'art contemporain, d'autres artistes prennent une position critique par rapport aux grandes religions comme le catholicisme, souvent avec humour, mais aussi parfois avec férocité, ainsi ORLAN ou Maurizio Cattelan. Partageant cette attitude, Andres Serrano, a fait (encore récemment) scandale avec son Piss Christ (1987) : il a photographié des effets de lumières créés par un crucifix trempé dans l’urine (la sienne); il y a cependant divergence d'avis : d'autres articles parlent d'éosine... ce qui est beaucoup plus hygiénique!

Maurizio Cattelan,"La Nona ora" (1999). Résine polyester, cheveux naturels, accessoires, pierre, moquette. Dimensions variables selon l'espace. Photograph: Attilio Maranzano. Courtesy Galerie Perrotin

Alors que certains plasticiens s'attaquent occasionnellement à des thèmes du domaine religieux (l'exposition "Babel"par exemple), des artiste comme Sarkis, relèvent véritablement de l'art sacré proprement dit, en incorporant ses codes et ses lieux.


Dans "SCULPTURE", de nombreux posts parlent de ces artistes qui touchent au spirituel:


Dans le désordre, quelques "trouvailles" sur ce thème...

Trouvé sur le site Protestantisme et images.com, le travail de Sylvie Lander pour l’église St-Pierre-le-Jeune à Strasbourg (été 2010). Lire également un ensemble d'articles intéressants à propos de la question du spirituel dans l'art contemporain, dont "Le spirituel dans l’art contemporain, Ruptures et convergences", un article de Jérôme Cottin.

 "Une cuve d’or, épousant la forme humaine, emplie d’eau claire, est incrustée dans le sol. Absence du corps, au cœur de la matière, naissance et mort, passage, transformation, circulation, présence du ciel à toucher dans l’obscurité minérale qui invite à entrer en résonance avec la danse immobile des étoiles."


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Dans le cadre de l'exposition "Lost in Paradise" (novembre 2012), au Loft Sévigné "Idris Khan (Pakistan/Royaume-Uni) propose une œuvre multiple qui se nourrit de sa formation musulmane dans les écoles coraniques du Pakistan qu’il a fui. L’apprentissage par cœur des sourates du Coran sans les comprendre est ici fortement traduit par un procédé photographique très spécifique et mystérieux qui consiste à superposer à l’infini des vers de Milton, Paradise Lost. Organisés diversement dans des montages photographiques ou une sculpture, ils deviennent illisibles, aussi incompréhensible que dans le souvenir d’enfance de l’artiste. Mais l’artiste adulte a totalement structuré : la rigueur extrême de la composition pour dire la confusion des origines ! Il propose notamment une corbeille évoquant celles du pèlerinage à la Mecque qui servent à ramasser les pierres lancées par les pèlerins contre le démon, lors du rituel des stèles de Jamarat. Le lien entre le poème sur le mal originel est très fort : dans le vortex de la sculpture semblant ouvert vers les profondeurs de la terre glissent les versets de la sourate semblant intimement mêlés à des vers de Milton. Poésie de l’occident et rituel de l’orient se rencontrent."


Idris Khan, "The Devil’s Wall" (2011). 
Courtesy of Victoria Miro Gallery, London and Yvon Lambert Gallery, New York.

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"La mort de James Lee Byars", à la galerie Marie-Puck Broodthaers, Bruxelles en 1994; sans doute une des oeuvres les plus emblématiques (et les plus reproduites) de l'exposition Deadline (consacrée à l'œuvre tardive de douze artistes internationaux. Chacun d'eux, conscient de la mort imminente, a intégré dans son travail l'urgence de l'œuvre à achever et le dépassement de soi).
Courtesy galerie Marie-Puck Broodthaers, Bruxelles.
Voir l'article consacré à cette expo en 2009 :  http://acasculpture.blogspot.be/2009/11/deadline-last-minute.html

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Un site qui traite de la mort non sans un certain humour, mêlant des créations de toutes origines sur le site "Wellcome Collection": http://www.wellcomecollection.org/whats-on/exhibitions/death-a-self-portrait.aspx

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 "Modos de Devoción", une exposition de l'artiste vénézuélienne Gaudí Esté : des installations ou les animaux sculptés vigoureusement dans le bois (on peut penser à Marini) se prêtent à des rituels mystérieux... Voir cet article d'où provient cet extrait : http://www.arteenlared.com/archivo/2011/modos-de-devocion-la-escultora-venezolana-gaudi-este-expone-en-el-museo-de-arte-moderno-de-bogota.html
En la muestra “Modos de devoción” que se presenta en el MAMBO, la artista exhibe fundamentalmente piezas de las series “Nagual” y “Devoción” –surgidas entre mediados de la década de 1990 y principios de la de 2000, hasta nuestros días-, las cuales, a juicio de Katherine Chacón, están caracterizadas por un volcamiento ritualista, asociado a veces a la muerte, a la prisión, o al desmembramiento, y apoyadas en su mayoría en una iconografía animal, en donde perros, caballos, caimanes, seres alados y sus hibridaciones, convergen, a veces, conformando conjuntos escultóricos o instalaciones.

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"Batman" ©Ribes Sappa
Adrian Tranquilli, artiste d'origine australienne, aujourd'hui installé à Rome, traite de nos mythologies contemporaines lorsqu'il nous dépeint ("désculpte"...) les failles de nos super héros.

Merci à Lola pour ses liens.

12 janvier 2014

Du spirituel dans l'art...contemporain : Anselm Kiefer

Anselm Kiefer, connu pour son travail hanté par l'holocauste, convoque fréquemment les textes de la Torah, de la Bible ainsi que les textes de la Kabbale. Soit en inscrivant directement des fragments de texte sur ses peintures ou sculptures, soit au travers de constructions poétiques et imaginaires. (Aperiatur Terra en 2007 reprenant un extrait d’un verset d’Esaïe 45 "Que la terre s’ouvre", ou l'installation "Palmsonntag - Dimanche des rameaux", 2006 évoquant la fête chrétienne; œuvres toutes deux présentées à Monumenta au Grand Palais).

Anselm Kiefer, "Chevirat Hakelim (Le bris des vases)" (2007); plomb, verre. 
"Chute d’Étoiles" Monumenta.
 
Une autre particularité remarquable de l'artiste étant l'emploi de matériaux à "fort potentiel sémantique" : sable, terre, feuilles de plomb, suie, salive, craie, cheveux, cendre, matériaux de ruine et de rebut... sperme. Il est connu pour avoir récupéré le plomb du toit de la Cathédrale de Cologne lors de sa réfection qu'il a abondamment réutilisé dans son œuvre (les livres entre autres). Cette relation "spirituelle" au matériau le rapprochant de son ainé Joseph Beuys qui employa notamment le miel, le feutre et la graisse (voir plus loin).
"Nous (moi et Beuys) avons une même conception de la matière qui est une enveloppe contenant l’esprit qu’il faut découvrir. Ainsi, chaque plante a un correspondant dans les étoiles, cela lie le macrocosme au microcosme. Nous dépendons du cosmos. Tous nos éléments sont arrivés par des poussières et des météorites."
Interview de Guy Duplat en 2010 dans La Libre.


Anselm Kiefer, "Palmsonntag" (2007); 44 éléments en technique mixte sur panneau, palmier en résine stratifiée, 
briques de terre et support en acier; dimension variable.   
©2010 Anselm Kiefer. Courtesy of the Gagosian Gallery. Photograph © Joshua White


Vous avez exploré le thème de la kabbale, avec le même acharnement que celui de la germanité. Pourquoi cette fascination pour le judaïsme?
Comme je vous l'ai dit, j'ai été élevé dans le catholicisme. J'ai été enfant de choeur et je pourrais encore réciter la messe en latin. Le judaïsme, qui est à l'origine du catholicisme, est donc ma culture. Mais c'est aussi une partie de la culture dont l'Allemagne nazie s'est amputée. C'est la raison pour laquelle je m'y intéresse particulièrement. J'ai découvert que la mystique judaïque était plus riche, plus ouverte, moins dogmatique que le catholicisme. Je m'y suis tellement investi que je la connais parfois mieux que les juifs eux-mêmes. En 1990, j'ai été invité par Itzhak Rabbin à venir faire un discours à la Knesset. J'aurai prochainement une exposition en Israël, à l'occasion de l'inauguration de l'extension du musée de Tel-Aviv.
Extrait d'une interview de l'artiste donnée à l'Express en 2011.
L'artiste s'était il y a quelques années installé à Barjac, "œuvre d’art total et utopique"; lieux qu'il a quittés pour rejoindre Paris dans un ancien entrepôt de La Samaritaine; lire linterview de Guy Duplat en 2010 pour La Libre : "L’atelier XXL d’Anselm Kiefer".


Pour l'anecdote, un article de 2008 qui vaut son pesant d'or : "L'atelier d'Anselm Kiefer cambriolé"
   

10 janvier 2014

Wolfgang Laib, objets et lieux de culte

Avant de devenir un artiste,Wolfgang Laib a étudié la médecine, mais il a conclu que ce domaine traitait dans l'approche occidentale le corps au détriment de l'âme. Pour lui, l'art est une forme de cure spirituelle transcendante qui "nourrit" l'individu. Les matériaux naturels sont au centre de sa pratique artistique: il travaille avec la cire d'abeille, le lait, le pollen, et le riz, créant des formes simples qui visent à communiquer à un niveau universel, au-delà du langage verbal.



Wolfgang Laib, pollen  de noisetier au MoMA (New York) (2013)

" Laib fait souvent des travaux de Land art, dans son travail on peut voir aussi des influences de l'Art minimal. Le travail avec des matériaux naturels, comme la cire d'abeille, le pollen et le riz, est une caractéristique de Laib. Dans les années 1990, il vivait six mois de l'année dans un village de Forêt-Noire où il ramassait le pollen des pissenlits. Il fut surtout connu grâce à Milchsteine (dites pierres de lait) : grands blocs de marbre creusés profondément et remplis avec du lait."
Extrait de la page Wikipedia consacrée à l'artiste (peu fournie)


 Wolfgang Laib, “Milk Stone” au MoMA

Liste d'expositions commentées (en allemand) sur http://www.kunstaspekte.de/index.php?action=webpages&k=678

Wolfgang Laib exposait au MoMA du 23 janvier au 11 mars 2013: voir les vidéo à propos de son travail sur les pollens, à propos des "Milkstone", des "Maisons de Riz", de son espace de vie et de travail.

Propos de l' artiste trouvés sur le site stephan.barron.free :
 "Je collecte le pollen dans ces prairies qui entourent mon atelier, dans la forêt la plus proche (...). Cela commence mi-février avec le fleurissement des noisetiers, et cela dure jusqu'en août, septembre. J'utilise mes doigts pour 'brosser' le pollen des fleurs dans des bocaux. C'est très simple ; avec le pissenlit, par exemple, qui fleuri en juin pendant à peu près un mois, j'obtiens deux gros bocaux. Les pins ont plus de pollen les jours où il fait très beau et donc je collecte plus de pollen. ; ce sont les jours frais, quand il y a du vent que j'en récolte très peu... Après ces quelques mois j' ai donc obtenu quatre, cinq à six bocaux de pollen d' arbres et quatre sortes différentes de pollen."
" Je vis très isolé à l' extérieur d' un petit village — un peu comme sur une île— isolé des gens, de la société, mais aussi de l' art et des artistes. Pour moi, c'est très important d' être indépendant et d' être obligé de faire mes propres affaires. J' essaie de me protéger de la pensée normale de la société, par exemple de la société Allemande. Les moines au Moyen-Age vivaient dans des monastères ou comme des ermites dans des endroits reculés, ou dans d' autres endroits du monde ; les ermites et les ascétiques vivaient dans les forêts ou dans des cavernes dans les montagnes, ils faisaient ça même beaucoup plus extrêmement mais avec les même intentions. Les arbres et les forêts, les rochers et les collines qui m' entourent sont si intemporels, si indépendants et toujours si nouveaux chaque jour. "
Wolfgang Laib, “Rice House” au MoMA



En complément de ces installations, Wolfgang Laib développe une œuvre environnementale, avec entre autres "La chambre des certitudes"; voir le site Wax Room qui est dédié à ce projet, avec de nombreuses références.

Wolfgang Laib utilisant un fer chaud pour lisser les murs de la "Chambre de cire" , 
installée dans sa propriété en Allemagne. Courtesy of the artist.

Propos de l' artiste de 1993 au sujet de son projet de chambre de cire :
" Ce serait un endroit que seulement peu de gens à la fois pourraient visiter, mais en tout, beaucoup de monde... Une chambre de cire pour la montagne. Je crois aussi que faire cela en Europe, avec tout ce qui se passe autour de nous, serait un grand pari : quelque chose de complètement nouveau et de très antique. (...) Je me suis rendu plusieurs fois dans les Pyrénées, j'ai cherché et j' ai découvert des endroits incroyables autour du massif du Canigou. Des lieux élevés et éloignés de tout, mais pas trop en altitude. (...) Une chambre de cire comme celle-ci est faites en fonction de la montagne, mais elle est liée aussi à l' histoire, fabriquant quelque chose pour la vie dans le futur..."


"La chambre des certitudes" (2000), Commande publique à Arboussols, Pyrénées, France (détail : vue du sol).
Crédit photo: Annie Besset

Lire également un article de 2008 par Sabine Gignoux : "Wolfgang Laib, l'hymne à la Création au musée de Grenoble" sur le site la Croix.com.

18 septembre 2013

Cartes et Territoires sculptés

"On m’assure qu’il est des gens qui ne s’intéressent pas aux cartes,
mais j’ai quelque peine à le croire."
Robert Louis Stevenson , dans Essais sur l'Art et la Fiction


Saint-Omer (Pas-de-Calais). Vue générale. Photo RMN - René-Gabriel Ojéda
 
Making-of de l'exposition « La France en relief » au Grand-Palais par la Maison de l'histoire de France (2012), présentant les plans-reliefs de la collection des Invalides. De manière permanente, vous pouvez en découvrir aussi au Palais des Beaux-Arts de Lille.
"Les Plans-Reliefs sont des maquettes au 1/600ème des villes fortifiées par Vauban, situées aux frontières de l’ancien royaume de France. Ils offrent une représentation très précise et évocatrice de ces villes sous l’Ancien Régime : d’un grand intérêt documentaire pour la connaissance du tissu urbain, des monuments et des fortifications, ils montrent aussi les faubourgs et la campagne environnante sur une étendue parfois importante."Extrait de la présentation sur le site du Palais des Beaux-Arts de Lille.



Inspiré par la lecture de "La Carte et le Territoire" (2010), un roman de Michel Houellebecq, cet article réunit de manière non exhaustive quelques plasticiens -connus et moins connus- qui ont travaillé autour de ces thématiques. Le roman décrit le parcours biographique et créatif de Jed Martin, un artiste français fictif, dont l'auteur dissèque entre autres le parcours créatif, période après période.
..."Peu après sa sortie des Beaux-arts, il commence la série de photographies des cartes "Michelin Régions" et "Michelin Départements". Il en réalise un peu plus de huit cents. Il participe à une exposition collective - Restons Courtois - organisée par la Fondation d'entreprise Ricard où il expose une photo d'une partie de la carte Michelin de la Creuse. Ce qui lance surtout Jed Martin, c'est sa première exposition solo La carte est plus intéressante que le territoire à la Fondation Michelin pour l'art contemporain."... Extrait de l'article de Wikipédia.
Ce titre renvoie à la formule "La carte n'est pas le territoire", énoncée par Alfred Korzybski (1879-1950) lorsqu'il évoque la question de notre propre perception du monde; thème passionnant et qui est sans doute l'enjeu du parcours de beaucoup d'artistes, mais cependant trop ambitieux pour être traité dans ce cadre.



Myriam Héquet, "En Toile" (2005); vue générale et détail; colle, impression sur papier, coton, figurines en matière plastique. Photos de l'artiste.

Dans un esprit similaire, les cartes suspendues de l'artiste tunisienne Nadia Kaabi-Linke ; lire l'article Mémoire, histoire, point de vue (Biennale de Sharjah 2) sur le blog Amateur d'Art.

"My view on under standing over views"(2009); fragments de peinture murale, fils de soie.




Olivia Mortier, "Vlag" ("Drapeau" , 2012); porcelaine, plâtre, acier; vue générale et détail; participation à l'exposition des Master de l'ArBA-ESA, Dexia Art Center, juin 2012. Photo JFD.


"Faire des cartes de France repose sur un jeu de mots amusant et pervers. Comme le rappelle Nicolas Surlapierre dans le guide des collections du LaM, l’expression servait, durant l’Ancien Régime, de litote pour évoquer les premières pollutions nocturnes du souverain qui assuraient ainsi au pouvoir son avenir." Extrait du dossier pédagogique réalisé par le LaM (Lille Métropole Musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut) à propos de l'installation de l’œuvre d'Annette Messager "Faire des cartes de France"; morceaux de peluches, cordes, fils et pointes. Acquisition réalisée en 2006 avec le soutien du Fonds Régional d’Acquisition pour les Musées (État / Conseil régional Nord-Pas-de-Calais) . Crédits photo : Photo : P. Bernard / Adagp, Paris 2013.


 
Marcela Armas, "I-Machinarius" (2008). Chaîne et engrenages, moteur, système de lubrification, huile, réservoir. Cette machine dessine la carte renversée de Mexico.
Voir : Marcela Armas : viva Mexico
 

Mona Hatoum, Map (détail) (1999). Billes en verre, dimensions variables. 
Photo Christian Mosar. 
Mona Hatoum déclinera la carte à de nombreuses reprises dans son œuvre : "Continental Drive" (2000), la dérive des continents en miroirs; Afghan, red and black (2008), le tapis "cartographiquement" usé; Map, illustré ci dessus; Suspendu (2009), une série de balançoires aux assises gravées de divers plans et cartes.


Tony Cragg: "Britain Seen From the North" (1981) . Déchets de plastique. © Tony Cragg










Vik Muniz  :"WWW (World Map), Pictures of Junk" (2008). Photographie. Dimension : triptyque de 149 x 102 cm (chaque panneau). Sur le site (photo et commentaire) : http://www.collectionsocietegenerale.com/
Les photographies de Vik Muniz nous apparaissent comme celles d'un prestidigitateur ou d'un virtuose, dont les manipulations semblent à première vue ne pas s'apparenter à la photographie. Vik Muniz s’est acquis une reconnaissance internationale pour les œuvres photographiques qu’il crée à partir de matériaux du quotidien – fil à coudre, confiture, chocolat, ketchup, poussière, jouets, etc. Ces images, inspirées de l’actualité, de l’histoire de l’art ou de personnages célèbres, sont à la fois familières et énigmatiques. Se présentant d’abord en tant que propositions visuelles pleines d’esprit, les œuvres de Muniz interrogent la manière dont l’information visuelle est construite, présentée puis perçue par le spectateur.


L'exposition "Mapping" au Museum of Modern Art (MOMA) de New-York (1994) reste une référence sur ce thème. Voir la présentation succincte sur le site du MoMA.
Sur le thème lire Cartographie et art contemporain, support de dénonciation, de mémoire et de fiction (2011), thèse de maitrise de Émilie Grossière, se référant à l'exposition.
Extrait de l'introduction citant "Mapping":
Si les écrivains ne se lassent pas de créer des mondes lointains, les artistes plasticiens eux aussi aiment à jouer avec les possibilités des cartes. Robert Storr, commissaire de l’exposition Mapping au Museum of Modern Art (MOMA) de New-York en 1994, nous disait déjà que la carte offrait aux artistes tant métaphoriquement, que graphiquement et symboliquement des emblèmes du pouvoir, des royaumes et labyrinthes à explorer, des formes abstraites à manipuler, et des formes pour rêver.
L'auteur évoque également l'importance de la cartographie chez les artistes du landart, citant entre autres Gilles Tiberghien, La référence dans ce domaine. (Poétique et rhétorique de la carte dans l’art contemporain ou Finis Terrae, imaginaires et imaginations cartographiques)

Citons également "GNS" (Global Navigation System), au palais de Tokyo en 2003. Cette exposition "formule l'hypothèse que la topographie est un enjeu majeur de la création artistique actuelle, et une clé pour la comprendre".

Lire aussi "Singularités cartographiques" de Manola Antonioli.

Les plans-reliefs présentés en début d'article renvoient naturellement à la question de l'échelle, sujet précédemment traité sur notre site : http://acasculpture.blogspot.be/2013/02/sculpteurs-lechelle-oldenburg-koons.html . On y évoquait, parmi d'autres, les travaux de Anne et Patrick Poirier ou des frères Jake et Dinos Chapman.


Ce sujet "carte et territoire" est proposé aux étudiants de l'option sculpture de l'ArBA-ESA comme fil rouge pour l'année 2013-14. En conséquence, cet article devient donc "participatif", et divers apports de références s'ajouteront au fur et à mesure des propositions.

LES STICK CHARTS DES ILES MARSHALL

 "Elles ne constituent cependant pas des cartes marines dans notre acception occidentale. Ces "cartes" très particulières sont constituées de baguettes de bois attachées les unes aux autres ; de petits coquillages étant fixés à leur jointure. Les nœuds-coquillages représentent soit des îles, soit des axes des étoiles ; et les bâtons, des « dungungs », selon les premiers témoignages du Capitaine Winckler qui s’intéressa à ces objets. Ces « dungungs » marquent l’orientation de la houle. En effet, les phénomènes qui permettent d’aider le navigateur à positionner une île qui n’est pas en vue, sont la réfraction et la réflexion des vagues ; celles-ci prenant des directions différentes lorsque la houle touche les côtes. Les stick charts renseignaient les navigateurs sur ce point."
Pour infos complémentaires, voir cette page d'où est extraite cette information : http://detoursdesmondes.typepad.com/dtours_des_mondes/2009/01/stick-charts-marshall-island.html


JENNIFER BRIAL

"Globe terrestre"(2010); épingles en acier à têtes de verre.
25 x 30 cm. Photo site de l'artiste.

"Jennifer Brial approche la géographie en véritable dilettante, au sens le plus noble
du terme, celui de l’amateur éclairé. Passionnée par les cartes et autres figures
de la terre (1), elle compose ainsi des représentations du monde « à sa façon »,
à l’aide des accessoires que le sens commun attribue au géographe : la mappemonde, les cartes IGN et leur signalétique codifiée, ou encore, les épingles à tête de couleur qui pointent un lieu. Leur usage est pour le moins hétérodoxe. Dans Le monde épinglé (2010), un globe terrestre se retrouve couvert d’épingles, signalant l’omniscience de l’explorateur et la fin des territoires inconnus, à l’ère de Google Maps
". Suite sur le site de l'artiste : http://jenniferbrial.com/art/



SHANNON RANKIN

Parmi de nombreux artistes qui plient, découpent et collent des cartes, les travaux de Shannon Rankin; "Adaptation" (détail) (2013), carte de l'Arctique, acrylique, papier; 10 x 10 x 10cm. Voir également ses installations. (merci à Lola)


CATALINA BAUER
"Mapa (oro)". (2012). Sacs en plastique et eau. Mural de 12 x 4 mètres. Réalisé dans le cadre de la IV Biennale d'Art Contemporain de Moscou. Voir le site de l'artiste (y découvrir également des installations végétales, et des installations réalisées avec élastiques).(merci à Lola)


RAMÓN ESPANTALEÓN
 
Ramón Espantaleón est un architecte et designer espagnol. Parmi ses travaux les plus connus, figurent des réalisations en résine qui représentent des villes en relief, et plus particulièrement New-York. Découvrir le modus operandi sur son site à l'onglet "Proceso de trabajo". Ici, le moulage de la carte en terre. (merci à Lola)


MATTHEW PICTON
 
 Matthew Picton s'attache aux composantes de la cartographie des villes; il compose rigoureusement ses plans en papier plié, et se réfère aux données politiques et historiques pour en choisir l'aspect et le traitement. (merci à Lola)


ALFREDO JAAR
"Venezia, Venezia", l'œuvre présentée à la Biennale de Venise 2013 par l'artiste chilien Alfredo Jaar. Ce n'est plus l'eau, mais une maquette géante de la ville qui monte et qui descend dans un bassin ... Préfiguration annoncée d'une fin du monde... de l'art?



Merci à Marjorie.


DIVERS TRAVAUX DANS UNE APPROCHE PLUS GRAPHIQUE
Par exemple ce projet typographique Google Maps par le designer australien Rhett Dashwood. Il a rassemblé un alphabet utilisant des vues aériennes de différents lieux trouvés dans la région de Victoria (Australie) sur Google Maps.
Et aussi : 
Carola Bravo

LES CARTES HEURISTIQUES ou MINDS MAPS

Une carte heuristique (ou carte cognitive, carte mentale, carte des idées, etc.) ou, dans les pays anglo-saxons et usuellement, mind map, est un schéma, calqué sur le fonctionnement cérébral, qui permet de représenter visuellement et de suivre le cheminement associatif de la pensée.
Cela permet de mettre en lumière les liens qui existent entre un concept ou une idée, et les informations qui leur sont associées.
La structure même d'une Mind Map est en fait un diagramme qui représente l'organisation des liens sémantiques entre différentes idées ou des liens hiérarchiques entre différents concepts.
À l'inverse du schéma conceptuel (ou « carte conceptuelle », concept map en anglais), les mind maps offrent une représentation arborescente de données imitant ainsi le cheminement et le développement de la pensée. Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Carte_heuristique

Et des tas d'autres cartes qui cadrent votre vie : carte de crédit (les limites de votre fortune?), carte d'identité et de visite, carte génétique, carte de transport, cartes à jouer, carte de restaurant, carte mère, à puces ...


BIBLIOGRAPHIE (à suivre...)

"La Carte et le Territoire" (2010),  Michel Houellebecq (2010) Éditions Flammarion

"Cartes incertaines : Regard critique sur l'espace" Alain Milon (2013) Encre Marine
Souvent envisagée comme un instrument d'orientation et de navigation, la carte sert à nous rassurer dans notre lecture du territoire. Mais qu'adviendrait-il si l'on voyageait avec des cartes qui nous désorientaient ? Les cartes sont nombreuses certes, mais elles n'ont pas toutes les mêmes vertus ! Certaines se contentent de reproduire simplement la réalité, d'autres au contraire l'inventent. Parallèlement aux cartes d'extérieur des géographes-géomètres-arpenteurs, il existe des cartes d'intérieur des cosmographes-peintres-écrivains, tous ceux en fait qui font rêver les lignes à la manière de Michaux...

 LIENS
 http://www.pinterest.com/Stylegenre/cartography/
 http://www.trendhunter.com/slideshow/modified-maps
 http://bigthink.com/blogs/strange-maps
 http://www.davidrumsey.com/