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02 février 2011

Vies de Michel-Ange

"Pietà Rondanini", la dernière sculpture, inachevée (1564). Museo d'arte antica, Sforza Castle, Milan


Désormais accessible dans une version bilingue, intelligemment commentée, la nouvelle édition de la correspondance de Michel-Ange fait événement. À lire ce passionnant document on découvre un homme aussi rugueux que le non finito de ses sculptures, exclusivement préoccupé par son art. Son seul luxe ? Quelques poires et de temps en temps une bouteille de trebbiano, un blanc de Toscane dont il raffole et que lui conseille son médecin, Baccio Rontini. Cette vie austère et laborieuse ne l'a pourtant pas mis à l'abri des ennuis de santé. Michel-Ange souffre de la maladie de la pierre...

...Pour disposer de la meilleure part dans la falaise de marbre, il campe tel un ermite dans la montagne, à Carrare, rudoyant les carriers, ayant même failli à plusieurs reprises être écrasé par l'un de ces énormes blocs que des attelages de cinq paires de boeufs charriaient vers l'atelier qu'il s'était fait installer Via Mozza à Florence...

...Cependant, ces précautions n'ont pas toujours été suffisantes : l'artiste a été contraint à maintes reprises de retailler certaines de ses effigies, notamment celle du Christ de Santa Maria sopra Minerva, une veine noire ayant brusquement surgi dans le marbre immaculé, comme l'explique Cristina Acidini Luchinat, dans l'excellent ouvrage qu'elle lui consacre, Michel-Ange sculpteur. De fait, les trois livres montrent l'acharnement du génie à insuffler ses idées tant dans la fresque que dans le marbre, le matériau favori, celui qui lui résiste le plus. La finition et le détail ne l'intéressent pas. C'est d'ailleurs à des comparses que le sculpteur laisse le soin d'achever ses statues, lesquels, parfois, par leur maladresse, les ruinent définitivement.
Ce qui passionne d'abord le monstre épris de beauté, c'est transcrire sa pensée, ses idées et sa conception du monde. S'il aime tant le marbre, qu'il attaque avec une précision époustouflante, au millimètre près, c'est d'abord pour sa dureté. Modeler ne l'intéresse guère ; déjà dans sa jeunesse, il se colletait à la pierre. On imagine aisément le mépris qu'il devait éprouver pour les bronziers du genre de Cellini ; il n'a d'ailleurs fait fondre qu'une seule statue, un portrait de Jules II, aujourd'hui disparu...


...Sa vie tout entière a été rythmée par le cliquetis du ciseau et du maillet ; quelques jours avant de mourir, il cogne encore comme un sourd sur la "Pietà Rondanini", l'illustrissime dernière oeuvre dont on ne sait pas très bien si elle représente une pietà ou une Mise au tombeau. L'ambiguïté demeurant quant à la figure qui soutient le corps du Christ. Est-ce un homme - Nicomède ou un autre personnage ? - ou est-ce la mère du Sauveur ? Dans sa rageuse brutalité, dans ses contrastes de textures entre parties lisses et non finito, dans son esthétique du fragment, la "Pietà Rondanini" ouvre la voie aux sculptures les plus audacieuses de la modernité, plus proches en cela de Henry Moore que du maniérisme...

Extraits; à découvrir dans l'article très intéressant "Dans les petits papiers de Michel-Ange" de Jean Pierrard, dans l'hebdomadaire Le Point : http://www.lepoint.fr/culture/dans-les-petits-papiers-de-michel-ange-31-01-2011-132522_3.php

Les trois livres évoqués par le point dans l'article :
"Michel-Ange. Carteggio/Correspondance", sous la direction d'Adelin-Charles Fiorato (Les Belles Lettres, deux volumes, 4184 p., 75 euros).
"Michel-Ange face aux murs", d'Armand Farrachi (Gallimard, 120 p., 14,90 euros).
"Michel-Ange sculpteur", de Cristina Acidini Luchinat. Photographies d'Aurelio Amendola (Actes Sud, 320 p., 44 euros).

Pour commencer à se documenter : http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel-Ange